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Publication n° 1066 du 14 juin 2012

Thèmes : Discrimination.

Genre et socialisation de l’enfance à l’âge adulte

Auteur(s): Sous la direction de Véronique Rouyer -

éd. érès, 2010 (236 p. ; 25 €)

Si notre société affiche un souci de parité et de réduction des discriminations entre les hommes et les femmes, les inégalités sont bien loin d’avoir disparu entre les sexes. Ce n’est pas la biologie qu’il faut convoquer pour comprendre la persistance d’une telle situation, mais les normes et les codes sociaux relatifs aux représentations du masculin et du féminin qui sont intégrés, dès les premières années de la vie. Et ce sont ces mécanismes que nous décrivent les vingt-quatre chercheurs en sociologie, psychologie sociale et psychologie du développement qui ont contribué à cet ouvrage. Les expériences scientifiques qu’ils ont menées permettent de déterminer un certain nombre de constantes.
C’est d’abord la précocité de l’identité sexuée : dès dix-huit mois, filles et garçons à qui l’on propose un choix de jeux préfèrent ceux à qui sont accolées des propriétés plutôt féminines ou masculines. Les enfants sont alors convaincus que l’attribution d’un genre est liée à l’apparence, aux comportements ou aux objets que les institutions de socialisation (sphère familiale, espace de vie enfantin, école) attribuent à chaque sexe. Ainsi, sur la photo qui leur est présentée, ils reconnaissent le genre à partir de la longueur des cheveux ou du port d’une jupe ou d’un pantalon. Ce n’est qu’à partir de sept ans qu’ils acquièrent une vision stable du sexe biologique. Cette sous-estimation des facteurs sociaux a longtemps été dominante. Ainsi, face au constat qu’entre un et quatorze ans, les garçons présentent 70 % de plus de risques d’accident que les filles, la corrélation a traditionnellement été établie avec la conduite impulsive et le niveau d’activité plus élevé prétendument typiquement masculins. Ces explications essentialistes ont toujours été préférées à la mise en évidence du rôle essentiel joué par l’éducation différenciée qui encourage les attitudes conformes à son sexe d’appartenance tout en décourageant celles attribuées au sexe opposé. On retrouve tout autant ces conditionnements dans les choix de trajectoire scolaire et professionnelle qui sont largement imprégnés par l’idée que chacun se fait de son identité sexuée, les garçons privilégiant l’investissement intellectuel et la compétition, les filles la coopération et une attitude socioaffective. Il en va de même dans les postures amoureuses qui se doivent de répondre aux stéréotypes dominants, les garçons se centrant sur la performance sexuelle et l’urgence du désir, les filles préférant les sentiments et l’engagement. Plus que d’un choix, c’est donc bien d’un déterminisme dont il est question, ici, alors que les contours de la masculinité et de la féminité peuvent prendre des formes potentiellement beaucoup plus diversifiées.

Jacques Trémintin

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